La Fillette & Le Vautour

L’enfant noir, qui gît là, se meurt
et le vautour, qui attend, le sait
c’est un restant de l’humanité, un déchet
que le rapace va dépecer à cette heure

Je l’ai vu, seul, sur une photo noir et blanc
couchée nu sur le sol terreux et aride
recroquevillée sous un soleil torride
c’était insoutenable, c’était bouleversant

Qui est ce vautour? Ce vautour blanc?
témoin, complice, vorace, fou et méchant
de connivence avec les autres continents
cherchant son odieux et damné contentement

Si toute ma rage et ma furie avaient suffi
alors je l’aurais fait sans pitié, sans contredit
détruire cette humanité infâme que je hais
car ces hommes je les souffre comme des plaies

Mais j’ai pleuré, en silence, avec mon secret
l’amour, encore une fois, est impuissant
le cerveau, semble-t-il, est divin et parfait
il est le maître du cœur, et ordonne au sang

Un jour, nous le reverrons, tenez-le-vous pour assuré
elle chantera, pour nous, un chant funèbre en chœur
qui, à chaque instant, nous pétrifiera d’horreur
et cette messe des morts persistera, durera des éternités

L’agneau immolé, sans fin, nous assaille et nous poursuit
il est pour les puissants et les oligarques l’ennemi maudit
eux, les ombres néfastes, d’un seul crachat je les vomis
nous sommes aveugles, soit, coupables de l’être qui périt

Je suis empreint de cet enfant, de ce répugnant vautour
l’image crue, cruelle, de la lumière et des ténèbres
le mal, chaque jour, que l’on célèbre
néantise les stigmates qui subsistent de l’amour

– Joffrey Floyd Doyon

Kevin Carter, 1993.

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